Kahena (ou Kahina), de son vrai nom Dihya, est la principale figure, avec Kusayla, de la résistance berbère à l'avancée des troupes musulmanes entre 695 à 705. À la tête de la tribu des Djerouas implantée dans les Aurès (à l'est de l'actuelle Algérie) elle parvint à associer plusieurs tribus indigènes, juives et chrétiennes.
Le parcours
Ayant déjà combattu les troupes du Calife à Tehuda (683) au cours de laquelle Oqba Ibn Nafaa avait trouvé la mort, Dihya affronta, à la tête de ses troupes, les renforts arabes envoyés d'Orient en 688, sous le commandement du gouverneur d'Égypte, Hassan ibn Noman, contre les Berbères et les Byzantins. Le combat eut lieu en 689 à l'Oued Nini (près de Khenchela), les Arabes, défaits par la Dihya, furent ensuite poursuivis jusqu'en Tripolitaine (l'actuelle Libye). Dihya retourna alors dans les Aurès, où elle adopta l'un de ses prisonniers arabes, Khaled Ibn Yazid. Les troupes du Calife prirent un sérieux avantage à partir de 698 avec la prise de Carthage et l'échec des Byzantins en Afrique du Nord.
Les hommes de la Dihya, convaincus que les Arabes étaient attirés dans leur pays par sa richesse se mirent alors, selon le Bayan, à y faire la terre brûlée. Les cultivateurs roums de la côte, hostiles à ces procédés, comme le rappellent Ibn Khaldoun et le Bayan, firent dès lors défection à la Dihya et envoyèrent même, selon Ali Ibn al-Athîr, des émissaires à l'Émir Hassan pour lui demander d'accourir. Par ailleurs, son fils adoptif Khaled, resté en relation avec le camp adverse, renseigna les Arabes sur les positions des Berbères.
Si bien que, affaiblie par ces trahisons, Dihya fut mise en déroute et tenta de se réfugier dans une citadelle byzantine des environs de Biskra. Mais elle fut contrainte de poursuivre sa retraite plus loin, et livra sa dernière bataille à Tarfa. Dihya y fut tuée dans un ravin qui conserve encore son nom (Bir al Kahina). Il existe aussi une statue la représentant près de Khenchela.
À la veille du combat, Dihya aurait demandé à ses deux fils, selon Ibn Khaldoun, de se rallier au vainqueur. L'Émir Hassan nomma en conséquence, après leur conversion à l'islam, son fils aîné gouverneur de l'Aurès et son autre fils chef des forces Djeraoua. Ce ralliement entraîna celui de nombreux Berbères chrétiens et juifs dans un courant de conversion.
Les divergences historiques
Le rôle joué par Kahena a constitué un enjeu considérable pour ses commentateurs. Les affirmations de certains d'entre eux sont basées sur des arrière-pensées politiques, qui sont d'autant plus difficiles à vérifier que les sources sont rares et que cette reine guerrière est une figure en grande partie légendaire.
Kahena, (féminin de kahan, « prêtre », apparenté à l'hébreu kohen), est le nom que les historiens musulmans lui ont donné. Ces historiens nous informent aussi que son véritable nom est Dihya, on trouve également Damya ou Kahia.
Un point très controversé concerne la religion de Dihya. L'historien musulman Ibn Khaldoun, réputé le plus sérieux du Moyen Âge, expose : « Parmi les Berbères juifs, on distinguait les Djeraoua, tribu qui habite l'Aurès, et à laquelle appartient la Kahena ». Selon le géographe français Émile Félix Gauthier: « Les Djeraouas ne sont plus des chrétiens comme les Aurébas, mais bien des juifs ». En effet, selon le témoignage de Strabon, à l'époque romaine, les juifs étaient nombreux en Afrique du Nord. Certains y étaient venus librement, au fil des siècles, dès le temps des Carthaginois, tandis que d'autres y avaient été déportés par Trajan, après avoir tenu tête en Cyrénaïque aux légions romaines, participant ainsi à la conversion de certaines tribus berbères.
Certains pensent que Dihya était chrétienne parce qu'elle était la fille de Matya lui-même fils de Tifan. Des noms qui seraient les déformations de Matthieu (comme l'Apôtre) et Théophane (repris par de nombreux Saints chrétiens). Aussi le christianisme était largement répandue, une grande partie des populations berbères du nord avaient été christianisés sous l'empire Romain.
D'autres laissent entendre que Dihya pourrait être païenne. En effet, avant l'arrivée du christianisme, les berbères étaient païens. En prenant pour exemple la reine touareg Tin Hinan que l'on supposait, de la même manière, chrétienne, alors que la découverte récente de son tombeau prouve qu'elle était animiste.
L'historiographie a également mis l'accent sur la politique de la terre brûlée qui aurait été pratiquée sous Kahena (d'après Ibn Khaldoun et le Bayan). Cette version est contestée, il s'agirait, pour les historiens musulmans, de discréditer la reine berbère; des villes, des villages auraient effectivement été brûlés, mais cela s'expliquerait par le fait que l'Afrique du Nord, depuis la chute de l'empire romain d'Occident, était le théâtre d'affrontements entre Byzantins et autochtones, voire entre Berbères nomades et sédentaires.